Notre vie sentimentale est-elle influencée par celle de nos parents ?

L’écueil n’est-il pas de rejetter la faute sur ses parents quand on ne réussit pas à construire sa vie sentimentale ?
Ce n’est jamais la faute des parents, eux-mêmes on fait ce qu’ils ont pu avec ce qu’ils ont eu et ce dont ils ont manqué. On ne considère pas les parents comme coupables et on se déculpabilise de ce que l’on ne réussit pas à mettre en œuvre ou à vivre.
Au lieu de s’intéresser à l’échec, on va surtout regarder le poids de l’histoire, le système familial. Autrement dit, on ne regarde pas les tempéraments, mais les événements, et ce qu’il y a à libérer de ces derniers. Le but est d’harmoniser le système familial.
Quelles sont les manifestations concrètes de ces “loyautés invisibles” qui nous régissent ?
Tout ce qui n’a pas été résolu laisse un émotionnel encore actif
À certains moments on est pris dans l’histoire d’un oncle ou d’une tante, qui n’a pas pu avoir d’enfants par exemple. On peut épouser quelqu’un qui a la même composition de famille que soi ou rencontrer l’élu de son cœur dans les mêmes circonstances que ses parents. On voit parfois des situations rejouées. J’ai ainsi connu une femme qui a eu un enfant de trois pères différents, et elle-même était issue d’une fratrie avec la même configuration.
On peut aussi observer une fidélité au niveau des dates de naissance. En réalité, on vient toujours prouver “je suis loyale à ma famille”. Et malheureusement, comme tout ce qui n’a pas été résolu ou vécu correctement laisse un émotionnel encore actif, comme si nous devions terminer ce que nos parents ou grands-parents n’avaient pas réussi de leur côté, ces loyautés invisibles entraînent parfois des blocages.
C’est-à-dire ?
Le fait de multiplier les relations et de se sentir en échec par exemple, ou encore le fait de ne pas avoir d’enfants alors que l’on en souhaite. J’ai l’exemple d’un couple constitué en seconde relation, chacun avait déjà été marié une fois mais ni l’un ni l’autre n’avait réussi à avoir d’enfant. Curieusement, chacun de leur côté avait un vécu similaire. Lui a appris par sa mère à 15 ou 16 ans qu’elle avait déjà été mariée et avaient d’autres enfants qu’elles ne voyaient plus.
Quant à sa partenaire, elle avait appris par sa sœur à 22 ans que leur père avait eu une première fille dans un pays étranger, qu’il n’avait pas reconnu. Dans leur premier couple, ils n’avaient pas mis d’enfant au monde, car ce “premier enfant” avait ce risque de se trouver sans son père ou sa mère. Bien sûr, on peut réussir à se construire sans blocage. Mais dans le cadre de mon travail je reçois plutôt des personnes en difficulté, et quand on voit le nombre de divorces ou de séparations, on voit bien que ce n’est pas évident. Heureusement, aujourd’hui on peut travailler cet héritage, l’alléger.
Comment ?
Il existe différentes possibilités en psychogénéalogie. On peut construire un génosociogramme (une variante de l’arbre généalogique utilisé en psychogénéalogie, NDLR), on peut opérer un travail symbolique et ajouter quelques phrases dans ce graphique, comme “je me libère de votre influence”. On peut aussi écrire une lettre à un parent ou à un grand-parent, le but n’est pas de la poster mais d’inscrire l’histoire douloureuse qu’a vécu le parent ou le grand parent, ainsi que nos propres blocages.
À l’oral, on peut aussi représenter le membre de la famille par un siège vide, instaurer des jeux de rôle. L’objectif est d’identifier ce que l’on porte mais que l’on n’a pas vu, pour le dénouer et réharmoniser le système familial. Pour se réapproprier son pouvoir et continuer sa trajectoire amoureuse.
(1) L’étude a été publiée dans la revue Plos One . Les chercheurs ont utilisé les données sur les relations amoureuses de 7 152 personnes durant 24 ans. Ces données sont issues de deux enquêtes : l’enquête longitudinale nationale sur les jeunes de 1979, et l’enquête longitudinale nationale sur les jeunes : enfant et jeune adulte.
(2) Marie-Geneviève Thomas est l’auteure de Psychogénéalogie, l’héritage invisible, (Éd. Jouvence), 4,95 euros.

