Donald Trump d’Arabie, un président en mission pour la paix au Moyen-Orient

Elle rompt à la fois avec celle des néoconservateurs de l’époque de George W. Bush interventionnistes et engagés dans des changements de régime comme lors de l’invasion de l’Irak en 2003 et avec les prudences de ses prédécesseurs démocrates. Barack Obama était préoccupé avant tout par le pivot vers l’Asie.
Après les massacres du 7-octobre, Joe Biden, ami sincère d’Israël, conseillait à Benjamin Netanyahou d’éviter le piège d’une vengeance inconsidérée et d’opérations de représailles où étaient tombés les Etats-Unis après le 11-septembre.
Le business ou la vision trumpienne de la paix
« L’administration Trump entend redessiner les alliances et l’architecture de sécurité régionale par des accords commerciaux et des méga investissements au détriment des solutions durables aux conflits politiques », pointe Rym Momtaz, chercheuse sur le Moyen-Orient pour la fondation Carnegie dans un article pour Politique étrangère, la revue de l’Ifri (Institut français des relations internationales) soulignant qu’en outre « plus disruptive encore, elle affiche désormais ses désaccords avec Israël beaucoup plus ouvertement que ses prédécesseures et ce malgré l’appui considérable des évangélistes sionistes et des donateurs pro israéliens. »
Certes, Donald Trump se pose en ami de l’État hébreu et son gendre Jared Kushner a été engagé directement dans ce dossier depuis le premier mandat. Donald Trump a reconnu l’annexion par Israël du plateau du Golan conquis en 1973 et transféré l’ambassade américaine à Jérusalem.
Mais déjà alors, il voulait normaliser les relations entre les capitales arabes et l’État hébreu poussant les accords d’Abraham, notamment avec les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc avec, à terme, l’objectif d’y faire adhérer l’Arabie saoudite. Les attaques du Hamas du 7-octobre ont bloqué le processus, mais ces accords ont tenu . La vision trumpienne de la paix par le business et l’économie demeure et elle est partagée aussi bien par les dirigeants de ces pays que par une bonne partie de l’opinion, notamment les jeunes.
Cette option de Donald Trump s’est encore précisée dès le début de son second mandat. Sa première tournée au Moyen-Orient depuis son investiture avait privilégié les capitales du Golfe et il ne s’était pas rendu en Israël. « Devant nos yeux, une nouvelle génération de leaders transcende les conflits anciens et forge un avenir où le Moyen-Orient est défini par le commerce et non par le chaos, par les exportations technologiques et non par le terrorisme et où les peuples de différentes nations, religions et croyances construisent des villes ensemble au lieu de se bombarder pour s’éliminer », expliqua le président américain à Riyad.
Certes le camp républicain reste encore aujourd’hui divisé sur la politique moyen-orientale, entre ceux qui veulent mettre un terme à toute forme d’intervention américaine pour privilégier les défis intérieurs et ceux qui portent encore la vision plus traditionnelle du soutien à Israël. D’un côté, le vice-président J.D. Vance et de l’autre le patron de la diplomatie Marco Rubio . On a vu les tiraillements tout au long de la crise de Gaza.
Donald Trump a soutenu l’État hébreu sans pour autant cacher son irritation face à certaines des initiatives de Netanyahou. S’il l’a suivi dans son intervention contre l’Iran, c’était seulement pour bombarder les sites du programme nucléaire. Washington a réussi à limiter à douze jours , loin des enlisements de guerres sans fin comme en Irak et en Afghanistan. Trump a même assuré dans son discours à la Knesset que ce serait « formidable » de faire la paix avec l’Iran.
Combler les points faibles de l’accord
Pour le moment, rien n’est encore joué dans le plan de paix trumpien. « Nous allons maintenir la pression », a déjà promis le vice-président J.D. Vance. Donald Trump lui-même qui rêve toujours d’un prix Nobel de la Paix et qui ne l’a pas eu cette année ne pourra pas se désintéresser du sort de ce territoire s’il veut être en lice pour l’année prochaine. Dans l’immédiat, et c’est l’objet du sommet de Charm el-Cheikh, il y a nécessité de combler les trois principaux points faibles, voire aveugles du projet.
Qu’en sera-t-il du sort de la Cisjordanie, dont il n’est fait aucune mention et que l’extrême droite israélienne veut annexer ? Très vague est le futur de l’administration de Gaza par un conseil technocratique palestinien chapeauté par « un comité pour la paix », protectorat international provisoire qui serait mis en place, présidée par l’ex Premier ministre britannique Tony Blair, proconsul de Donald Trump.
Encore plus cruciale et explosive est la question du désarmement du Hamas, processus plein d’embûches qui devrait être mené par une force internationale de stabilisation dont la composition est encore bien vague. Or il s’agit d’un point clé aux yeux d’Israël qui ne se retirera pas du territoire gazaoui tant qu’il n’aura pas été achevé, alors que le Hamas clame déjà qu’il refuse de désarmer.
Ce sera en tout cas long et difficile, mais quelque chose semble bien s’être mis en mouvement. Même si on est encore très loin de l’ère nouvelle promise par le locataire du bureau ovale. Mais Trump en est convaincu : « Il est désormais temps de traduire ces victoires contre les terroristes sur le champ de bataille en un prix ultime : la paix et la prospérité pour tout le Moyen-Orient. »

