A Madrid, le “rituel de la mort du taureau” célébré et contesté

Au Portugal et dans une autre partie de l’Equateur, tuer le taureau dans l’arène est interdit même s’il est abattu ensuite.
– “Il l’a mal tué” –
Ce jour de mai, “Las Ventas” sont exceptionnellement pleines de près de 24.000 personnes. Et les “Vive l’Espagne” fusent quand l’ancien roi Juan Carlos 1er rejoint le public.
Une fois le taureau affaibli et saigné par piques et banderilles, les trompettes annoncent l’entrée du matador qui a dix minutes pour l’achever.
“Olé!”. “Bien!”. Il est acclamé quand il parvient à faire tourner longuement autour de lui l’animal en se tenant tout près de ses cornes et en contrôlant ses charges avec grâce.
Soudain des milliers de mouchoirs blancs sont agités: “Un taureau était très +bravo+ (combatif), il a été tué d’un coup, le public réclame une oreille” pour le matador, explique dans le public Antonio Mercader, économiste de 54 ans.
Un autre est sifflé quand “le taureau souffre trop”, commente son épouse, Paqui Fernandez, qui grimace: “il l’a mal tué”.
– Renoncer à “l’art de tuer?” –
Manifestant pour “l’abolition de la tauromachie”, les militants anti-corridas estiment qu’environ 200 taureaux seront tués pendant la feria de San Isidro. Des milliers toute l’année en Espagne.

Associant la corrida au “spectacle de la cruauté”, le romancier Manuel Rivas a publié une tribune demandant de renoncer à “l’art de tuer”.
La corrida – déclarée “patrimoine culturel” du pays dans une loi de 2013 – apparaît cependant intouchable.
Son interdiction en Catalogne en 2010 a ainsi été annulée par la Cour constitutionnelle.
Mais dans les faits, les corridas ne sont plus organisées dans cette région ni aux Baléares et aux Canaries et les statistiques reflètent leur déclin dans le pays, de 810 en 2008 à 369 en 2018.
“Ne laisse pas la tauromachie à poil”, rétorquent Las Ventas sur l’affiche de la San Isidro, où apparaît la fesse nue d’un torero sous son pantalon déchiré.
L’image a plu à Eladio Galan, pharmacien de 25 ans, féru de tauromachie mais qui se demande si elle existera encore “dans trente ans”. “J’ai des amis indifférents, d’autres qui me disent: +Tu es sans coeur+”.
AFP

